Mai 2009 !
Ca fait bien longtemps que je n’avais
pris ce temps si important d’écrire et je sens que la demande augmente de votre côté d’avoir quelques nouvelles de « Beninga city » où je me trouve maintenant depuis 15 mois !! oui
oui ! plus d’un an… encore parfois du mal à réaliser...le temps coule, le temps passe, le retour est déjà là !...
Quelques privilégiés arrivent
cependant à obtenir quelques nouvelles de ma part, mais je vois que tout le monde n’est pas adepte de skype, alors je me mets enfin devant mon ordi pour vous faire part de quelques faits divers
de ce petit coin du monde qui prend maintenant beaucoup de place dans mon cœur !
Oui, 16 mois de
partage,
16 mois de souffrances
partagées,
16 mois de
joies,
16 mois
d’Amour,
16 mois
d’incompréhensions,
16 mois de
questions,
16 mois
d’échanges,
16 mois de
rencontres,
16 mois de
découvertes,
16 mois
d’apprentissage,
16 mois de
doutes,
16 mois de
recherche,
16 mois de
« ténèbres »,
16 mois de
« lumières »
16 mois de
solitude,
16 mois
d’émerveillement,
16 mois de chaleur humide et
sèche, de poussière, de pluies torrentielles,
16 mois avec
vous,
16 mois avec
eux,
16 mois avec
Lui,
Et 16 mois, au cœur de
l’Humanité !
Au dispensaire, ma mission avance, avec ses hauts et ses bas… malgré les multiples incompréhensions, colères, doutes,
questions qui ont eu lieu pendant ma première année, je continue de me battre…ce combat quotidien pour la vie, pour la dignité, pour l’Amour me passionne ! Tout cela me révèle beaucoup de
vérités… ! Malgré des réalités pas toujours simples à accepter, ou du moins tolérer, je tente d’avancer coûte que coûte sur ce chemin de l’Espérance ! Cette Terre Rouge si ravagée par
son passé, par son contexte politique qui ont entrainé des conséquences qui expliquent beaucoup de réalités actuelles.
Des familles entières arrivent au
dispensaire rongées par cette misère matérielle, certes, mais par cette misère intellectuelle, provoquée par cet isolement terrifiant et par une ignorance assez alarmante …l’aide internationale
qui arrive dans le pays, arrivera-elle un jour au bon endroit, c'est-à-dire dans les poches de ce peuple victime… ? Une question quotidienne…
Cette maman, arrivant au dispensaire,
avec 2 enfants malnutris, et sa fille aînée, chez qui nous trouvons ce foutu virus du Sida… Odile et Eric, ces 2 petits corps tout maigres âgés de 3 et 5 ans, sans force, ont effleuré la mort
plus d’une fois, et Odette, séropositive, qui n’arrive plus à tenir sur ces 2 jambes.
Et leur mère, avec un bébé dans le dos encore, qui attend tous les jours que la nourriture tombe du ciel…. Nombreuses sont ces familles ayant sombré dans cette résignation, dans cette urgence
sanitaire, mais aussi dans cette urgence sociale, alarmant alors les quelques organismes et associations présents à Bouar, débordés par la charge de travail de ces familles qui se laissent
emportées par la maladie, par la famine, pour faire appel à l’aide… Ces programmes d’aide sont en général de 3 ans, mais au bout de 3 ans, on se rend compte que l’assistanat s’est déjà installé,
et que l’autonomie de ces familles devient difficile, voire impossible…que penser, que faire… ??
Ci joint, Eric, presque guéri de sa malnutrition! Toujours seul, trop seul...sa maman ne se souciant que peu de lui, ayant un petit bébé dans le dos...
Odette s’est enfuie du dispensaire, ne voyant aucune amélioration de sa maladie, et prenant conscience aussi de la pression familiale et sociale
depuis le début de sa maladie…sorcellerie, charlatanisme, …
Quelques jours plus tard, j’apprend
que cette mère de famille, veuve, ou laissée à l’abandon par le père de ses enfants, a décidé de prendre la fuite avec Odile, Eric, et son bébé au dos, pour aller fêter la mort de sa fille ainée,
Odette…
Tous nos efforts rassemblés pour
prendre en charge ces 2 enfants malnutris au centre nutritionnel tombent alors à l’eau…. Alors que ce matin, je les pesais, et découvrais que chacun d’entres eux, avaient pris quelques
grammes ! joie dans mon cœur…. Ne durant que quelques instants, car à l’heure où je vous écris, Odile et Eric sont retombés dans ce puits de misère et de faim… peut-être reviendront-ils un
jour ??.....je n’en sais rien…
Je continue la prise en charge des
patients séropositifs…. De belles lueurs d’espoir de ce coté-là, des traitements qui donnent de bons résultats ! un combat qui avance ! une équipe à l’écoute, attentive….encore beaucoup
d’obstacles, encore beaucoup de malades qui arrivent trop tard et qui trop souvent nous quittent trop vite…. Ce foutu virus est un véritable fléau. Réapprendre aux soignants à mettre le mot
« Sida » sur la maladie est encore une priorité… ou encore l’acceptation de son statut, l’acceptation du traitement par le malade lui-même, le dialogue conjugal et beaucoup d’autres
sujets…. J’aime cette prise en charge, cet apprentissage, ces confidences de ces mamans séropositives, leurs difficultés, leurs souffrances, mais leur espoir reste parfois difficile à entrevoir…
l'annonce du diagnostic m'est toujours insupportable, et lorsque je me retrouve face à face avec une jeune fille, ou un jeune homme à qui je dois annoncer le statut de séropositif.... les
mots sont souvent difficiles à trouver... A moi seule de garder l'écoute, la patience, la professsionnalité, la Foi pour garder un coeur capable de dire justement et calmement un tel résultat...
Et en sortant de cette pièce, retrouver le sourire, et la disponibilité avec le même coeur ouvert, le même regard, la même patience envers les autres malades qui ont besoin de nos services et de
notre écoute au quotidien...
Au village, mes contacts se multiplient. Les gens me reconnaissent maintenant. Les vaccinations hebdomadaires sont
toujours l’occasion de revoir quelques visages connus, et ainsi de découvrir leur environnement quotidien, reflet d’une misère considérable… j’avance ainsi dans cette découverte, dans mon
acculturation qui ne se fait jamais très en douceur étant donné l’état de ce pays… je me demande encore plus d’une fois, comment est-ce possible pour un peuple africain, d’en être arrivé à cet
état d’ignorance, de misère, de souffrance….lorsque je vois les gens de Bangui ou lorsque je rencontre des africains des pays voisins qui ne font que constater l’état catastrophique de la RCA…ne
restons pas sur ces constats, avançons…. Il est temps de réagir !
Ces visites au village font souvent la fierté des villageois aussi, d'accueillir une "mundzu" dans leur "chez-eux"! Il m'arrive parfois de me retrouver à boire le café, ou grignoter quelque chose
dans l'une des cases du village! Joie de partager ces moments avec mes collègues de vaccination et les malades que nous retrouvons! N'oublions pas cette misère, certes, mais n'oublions pas avant
tout, ces coeurs cachés, "vraies lumières dans les ténèbres"......
La présence des autres volontaires et
des communautés ici à Bouar, m’est toujours aussi précieuse ! Des moments de détente, de décompression, me permettent de relâcher la difficulté d’un quotidien auprès des malades mais
également la difficulté d’une collaboration avec le personnel pas toujours évidente à accepter. Ces moments nous permettent aussi de partager nos questions, nos joies, nos doutes, nos espoirs sur
ce pays… je garde cependant ma patate, et les jours ne se font que peu nombreux maintenant….le départ approche à grand pas… les séparations seront certes difficiles, mais les retrouvailles,
belles ! et comme je dis à mes proches d’ici, nous restons ensemble ! la vie est faite de rencontres et de séparations après tout ! J’ai énormément reçu d’eux ….de mon coté, j’ai
tenté de donner, tenté d’aimer avec mon cœur, tenté de regarder avec mes yeux… mais je n'ai jamais autant reçu que près d'eux, près de cette pauvreté pourtant si riche...c’est une première
expérience, et certainement pas la dernière !
Merci encore pour vos nombeuses pensées, prières, mails, ou com's sur ce blog! sans vous, il ne serait pas ( je ne suis pas très présente....pardon!! le temps me
manque...).. Prenez ce temps, le temps de quelques minutes pour prendre conscience de la vie de ces femmes et hommes à quelques frontières de chez nous... Merci pour
votre présence , merci pour SA Présence, sans qui ma mission ne serait pas...
A tres bientot maintenant!
A suivre, le passage de maman parmi nous !!....